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Les artistes israéliens sonnent la charge contre leur gouvernement

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Correspondant à Jérusalem

Comédiens, directeur de théâtres ou écrivains: plusieurs centaines d'artistes israéliens de premier plan se sont rassemblés dimanche soir dans un entrepôt reconverti en galerie d'art, sur le port de Jaffa, pour sonner la charge contre leur nouveau gouvernement. Ils accusent les ministres de la Culture et de l'Education, Miri Regev et Naftali Bennett, de vouloir entraver leur liberté créatrice. Cette levée de boucliers a débuté la semaine dernière lors que les deux dirigeants nationalistes, élus le 17 mars dernier dans le sillage de Benyamin Nétanyahou, ont, coup sur coup, tenté d'affirmer leur autorité aux dépens de milieu réputé frondeur.

Miri Regev, ténor du Likoud, s'en est pris au théâtre el-Mina de Jaffa. Visiblement choquée d'apprendre qu'une figure-clé de cette institution, le comédien et metteur en scène arabe Norman Issa, refusait de se produire dans les colonies de Cisjordanie, la ministre a menacé de lui couper les vivres. «Si Norman ne change pas d'avis, j'envisage de réexaminer le soutien que mon ministère apporte au théâtre qui opère sous sa direction», a-t-elle écrit sur son compte Facebook. Elle a ensuite fait savoir, plus généralement: «Le gouvernement n'a pas l'obligation de soutenir la culture. Je peux décider là où va l'argent et les artistes ne me dicteront pas mes choix. Si nous tombons d'accord sur ces principes, je serai votre partenaire. Dans le cas contraire, nous avons un problème.»

Norman Issa s'est défendu en indiquant n'avoir jamais caché son refus de prendre part aux représentations prévues dans des localités juives de la vallée du Jourdain. «Vous ne pouvez pas attendre de moi que j'agisse contre ma conscience et que je joue dans des lieux aussi controversés», a-t-il expliqué, tandis que de nombreuses personnalités de la culture prenaient sa défense.

La vindicte du ministre de l'Éducation

Naftali Bennett, chef de file du Foyer juif, s'est distingué au même moment en prenant pour cible la pièce Un temps parallèle. Ce texte de Bashar Murkus, présenté au théâtre al-Midan de Haïfa, est inspiré de la vie de Walid Dakka, un combattant du Front populaire de libération de la Palestine, qui fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le rapt et le meurtre d'un soldat israélien en 1984.

«Les citoyens d'Israël ne paieront pas de leur poche pour des pièces qui cautionnent le meurtre de soldat», a dénoncé le ministre de l'Éducation, qui s'est empressé de radier l'œuvre du «panier» de spectacles que les écoliers israéliens peuvent aller voir gratuitement. La pièce, approuvée en avril dernier, a déjà été vue par quelque 900 enfants. «Je ne suis pas surpris par le comportement de Bennett, s'est défendu Adnan Tarabash, directeur du théâtre al-Midan, car chacune de ses décisions vise à renforcer la haine entre les Arabes et les Juifs.»

Cette controverse est attisée par l'animosité qui, en Israël, oppose une large partie des milieux artistique à la droite nationaliste. Miri Regev a d'ailleurs tenté de balayer les critiques en lançant à ses détracteurs: «Nous avons remporté trente sièges à la Knesset, et vous n'en avez que vingt.» «Nous savons que la gauche a tendance à s'approprier la culture, mais il ne faut pas se tromper sur les choix du public», a-t-elle ajouté. Oded Kotler, un célèbre acteur et metteur en scène, lui a répliqué sur un ton comparable en assimilant ses partisans à «un troupeau de bêtes repues de paille et de foin.»

source: lefigaro.fr