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Affaire Chalghoumi – Belkacem : Pas de propos diffamatoires pour la procureure - See more at: http://www.lecourrierdelatlas.com/

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Hassan Chalghoumi, dit « l’imam de Drancy », n’a pas jugé utile de se présenter hier jeudi 2 octobre, devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris. C’est pourtant lui qui a porté plainte le 28 avril 2012 pour diffamation contre Belkacem Adda Benyoucef, un informaticien de 55 ans.

 

« Si on poursuit, on se présente », remarque agacé le président du tribunal, pas informé du tout de l’absence de M. Chalghoumi. « On se présente dans la mesure du possible », tente Maitre Moutchou, l’avocate de M. Chalghoumi. « Mon client est en voyage », renchérit-elle. « Il aurait pu au moins prévenir le tribunal. Nous aurions décalé l’audience », tance le président.

Rappel des faits. En avril 2012, Belkacem Adda Benyoucef poste une vidéo sur You tube, intitulée « Tout sur Chalghoumi, larbin du Crif et de Sarkozy ». La justice était appelée ce jeudi 2 octobre à se prononcer sur les quatre propos suivants :

« Dans cette vidéo, nous allons vous expliquer le parcours schizophrène d’un homme qui est passé d’imam des foyers à l’imam de la mosquée de Drancy, qui est passé des fichiers de surveillance des renseignements généraux pour des prêches jugées extrémistes à la protection assurée par l’Etat Français ».

« En tant que président et imam de la mosquée de Drancy, sa mission commanditée par le Crif et par Sarkozy est d’assurer la domestication de la communauté musulmane à travers le concept d’islam de France ».

« La conférence des imams de France dont il est le président et dans lequel 80 imams paillassons comme lui y figurent ». Et enfin : « Dans son livre pour L’islam de France, coécrit par son cerveau et nègre Farid Hannache, il développe largement la vision d’un islam domestiqué, déraciné du monde arabo-musulman, au service et aux ordres des hommes de pouvoir blanc et du Crif ».

Il est 15H45 quand le prévenu s’approche de la barre. Lunettes rondes, chemisette grise sur le dos, jean foncé, le vidéaste amateur revient, à la demande du juge, sur la fabrication de la fameuse vidéo. « Le montage a été fait à partir de vidéos récupérées sur internet. Je n’ai donc rien inventé », précise Belkacem Adda Benyoucef.

Le magistrat veut savoir ensuite si le prévenu considère M. Chalghoumi comme « un ennemi », ou s’il est juste « en contradiction avec ses idées ». « Je n’ai aucune animosité envers cet homme, explique l’accusé. Je dénonce juste ce que représente le personnage. De quel droit M. Chalghoumi parle au nom des musulmans ? Il n’a aucune légitimité, si ce n’est celle que lui octroient les médias. Ma vidéo tente de comprendre pourquoi un homme qui ne représente que lui même est ainsi mis en avant. Comment un homme qui travaillait à l’aéroport de Roissy, à qui on a enlevé son badge, qui tenait des propos extrémistes, se retrouve aujourd’hui, invité partout avec les honneurs, jusqu’à l’Elysée ».

Le juge demande si l’accusé reproche d’autres choses à M. Chalghoumi. « Oui, répond ce dernier. M. Chalghoumi répète sans cesse qu’un imam ne doit pas faire de politique mais il ne fait que ça. Quand il invite M. Prasquier (NDLR, l’ancien président du CRIF) et M.Ghozlan (le président du Bureau de Vigilance contre l’antisémitisme) à la mosquée de Drancy, il fait de la politique. Quand il remplit des autobus pour aller au meeting du candidat Sarkozy, il fait de la politique ».

Belkacem Adda Benyoucef demande au tribunal s’il peut lire des passages du livre de M. Chalghoumi, « Pour l’islam de France », coécrit avec Farid Hannache. L’accusé veut ainsi démontrer combien les propos « réducteurs et stigmatisants » de l’imam heurtent une « grande partie des musulmans ». Le juge appelle le premier témoin à la barre, cité par la défense. Il y en a deux au total. La partie civile avait prévu d’en présenter quatre mais, comme pour M. Chalghoumi, personne n’a pris la peine de se déplacer au tribunal.

Mourad Ghazli, 1m90, cadre à la RATP, et ancien judoka, s’approche du micro. Ce dernier salue l’initiative de Belkacem Adda Benyoucef, « qu’il ne connaissait pas avant de voir la vidéo sur internet ». « M. Chalghoumi a créé des frustrations au sein d’une grande partie de la communauté musulmane. Contrairement à ce qu’il essaie de faire croire : il n’y a pas que les « extrémistes » qui ne le supportent pas. M. Chalghoumi se présente en tant qu’imam, mais l’a-t-on déjà vu aux côtés des musulmans ?, questionne le témoin. Non, il est toujours aux côtés des responsables du CRIF ! Belkacem a fait œuvre de salut public avec cette vidéo. Je lui dis merci. Ce ne sont pas les propos de cette vidéo qui sont diffamatoires. C’est M. Chalghoumi qui est diffamatoire ! Par ses propos et son comportement, il atteint à l’honneur et à la dignité des Français de confession musulmane ! ».

Le deuxième témoin s’appelle Nabil Ennasri, il est président du collectif des musulmans de France. « L’essentiel de la vidéo reflète ce que beaucoup de musulmans pensent. M. Chalghoumi n’a pas été élu. Il s'est autoproclamé représentant de la communauté musulmane. De plus, il se présente comme le héros de l’interreligieux. Or, les responsables catholiques ont refusé l’invitation de M.Chalghoumi à venir dans sa mosquée, parce que ces derniers savent qu’il n’est pas là pour défendre les intérêts de la communauté musulmane. En tant qu’imam, il devrait œuvrer pour la construction de mosquées, ou montrer sa solidarité avec le peuple palestinien. Au lieu de cela, il part plusieurs fois par an en Israël, invité par cet Etat, qui rappelons le, bafoue constamment le droit international. M. Chalghoumi est juste là pour défendre les intérêts d'Israël », dénonce Nabil Ennasri.

C’est au tour de Maitre Moutchou, l’avocate de M. Chalghoumi. La partie civile demande 1250 euros de dommages et intérêts et 1250 euros supplémentaires pour couvrir les frais d’avocats. « Je suis désolée de le dire mais cette vidéo ne relève pas du débat d’idées. Les propos sont clairement diffamatoires, dénonce Maitre Moutchou. Il porte atteinte à la dignité et à la considération de mon client. C’est une position partisane, un parti pris qui peut conduire à la haine. On ne s’interroge pas sur la légitimité de M. Chalghoumi à être le représentant ou non de la communauté musulmane, on dresse juste un portrait stigmatisant de ce lui».

La procureure n’est pas du tout de cet avis. Pour elle, il n'y a aucun propos diffamatoire dans cette vidéo. « Les limites de la liberté d’expression n’ont pas été franchies. Certes, certaines expressions sont outrageantes mais pas diffamatoires », renchérit-elle.

Maitre Cochain, l’avocate du prévenu, enfonce le clou. « Certains propos ne sont pas très chaleureux, c’est vrai, mais le débat posé dans cette vidéo est d’intérêt général. Ce n’est pas M. Chalghoumi qui est blessé ici, ce sont les musulmans. Et cette souffrance qu’éprouvent certains musulmans les poussent à mettre en ligne ce genre de vidéos. Il s'agit ici tout bonnement de liberté d'expression. Oui, on a le droit de se questionner sur la montée en puissance de M. Chalghoumi. Oui, il est là pour domestiquer la communauté musulmane, c’est à dire d'essayer de la contrôler. Et oui, M. Chalghoumi ne peut-être qu’aux ordres du CRIF pour faire ce qu’il fait ».

Délibéré, le 7 novembre prochain à 13h30, toujours devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris.

Source: http://www.lecourrierdelatlas.com/